lundi 6 juillet 2009
Le sourire du pain au levain, ou l'éveil de la belle au bois dormant
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C'est une chose étrange que le levain
naturel. Une chose attachante, parce qu'elle est vivante et qu'on peut
l'apprivoiser. C'est pour moi une manière de résister à la culture
ambiante du «vite fait», du «rapide». On connaissait le slow food, voilà le slow bread.
Regardez-moi ce beau sourire !
C'est la récompense de tous les efforts, le pain qui s'éveille et qui se met à rire !
Il était une fois... Je
cultivais un levain prénommé Honoré, un
levain issu d'une fermentation naturelle de farine et d'eau, qui me
donnait un superbe pain quotidien. Les vaches donnent le lait, les
poules donnes les œufs et le levain naturel donne le pain. Le levain
est exactement comme un animal domestique, on doit le nourrir, le
soigner et s'en occuper, même si cet animal a la forme de bactéries
microscopiques. C'est pourquoi j'ai donné un prénom à cette entité
vivante. Et puis, les aléas de la vie,
j'avais arrêté cet élevage de micro-organismes, enfouissant au fond de
moi la nostalgie,
les bons souvenirs de pétrissage et de saveurs puissantes. Honoré ?
Non, je ne l'avais pas tué, rassurez-vous. Les bactéries ont cette
particularité de rester en vie dans un milieu sec : j'avais donc
desséché le levain, puis conservé sous forme de petites paillettes dans
un bocal hermétiquement fermé.
En
allant fouiner sur internet, j'ai trouvé des blogs de passionnées du
levain, comme moi je l'étais il y a 1o ans. Notamment Florence, sur Makanai, et Jane, sur Au levain,
deux
blogs que tous ceux qui aiment faire leur pain devraient aller
visiter. On y trouve une foule de conseils, des recettes et aussi la
manière de démarrer le levain.
Et si on a un problème, elles nous répondent gentiment, bienveillantes
et attentives comme des fées du pain. Et même Nick, venu de l'autre
bout de la planète, nous parle du levain qui lui fait des clins d'yeux
dans sa cuisine !
Donc en allant fureter chez
ces dames et ce monsieur, j'eus un beau jour envie de faire renaître Honoré. J'ai ressorti de mes
étagères la petite merveille : le bocal de mon ancien levain qui
dormait là depuis 5 ans. Tel la Belle au bois dormant, je décidai de le réveiller.
Comment réveille-t-on un levain endormi ? On lui redonne à manger de la farine et de l'eau, et on attend... sans se presser et sans se décourager. Après toutes ces années, je ne savais pas s'il reviendrait à la vie. Eh bien il m'a fait ce plaisir ! Je dédie ce billet à Flo Makanai, qui a accompagné de ses conseils et m'a tenu la main lors de la re-naissance de mon levain.
Et se réveillant, voici ce qu'il m'a donné : un très beau pain souriant côté pile, et pas moins élégant côté face, jugez-en vous-mêmes :
Ce pain a été réalisé sans aucun apport de levure de
boulanger.
C'est uniquement le levain naturel qui a provoqué la
fermentation de la pâte.
J'attends un levain chef
Pour faire naître un premier levain «chef» appelé aussi «mère», il faut plus ou moins 5 jours. Je mélange dans un bocal :
20 g de farine de seigle T 130
20 g d'eau
1 cuil. à café de miel
J'ai fermé le bocal, mais pas hermétiquement et j'ai
mis ce récipient dans un endroit chaud (en ce moment c'est facile, la
météo est avec nous). Toutes les 12 heures, j'ai ajouté 20 g de farine
et 20 g d'eau, j'ai mélangé. Le 4° jour, la préparation a
commencé à changer d'odeur. Et le 5° jour, des bulles sont apparues,
signe que la fermentation avait commencé. A présent que ce levain est
bien vivant, je ne le nourris que 2 à 3 fois par semaine, c'est
suffisant. On n'est pas obligé de faire du pain tous les jours !
Je fais le pain
Ma méthode pour faire le pain diffère un peu de celle de Jane et
Florence. Elles utilisent une pâte très hydratée, et moi je ne suis pas douée pour travailler les pâtes avec plus de 60 %
d'hydratation. Il me faut une pâte plus ferme. Alors qu'elles font le
pain directement avec le levain chef, j'utilise 2 rafraîchis
successifs. Ça a l'air un peu technique, mais vous allez comprendre. On commence le matin, après avoir bu son petit café.
1° étape, 8 heures du matin : le rafraîchi
50 g de levain chef
100 g de farine de seigle T 130
70 g d'eau
Je mélange tout ça et je laisse fermenter cette pâte pendant 4 heures environ, elle doit doubler de volume dans le bocal.
C'était un levain, qui bullait, qui bullait...
2° étape : midi, le levain tout point
150 g de rafraîchi
100 g de farine de blé T 65
50 g d'eau
Je
laisse
toujours à peu près 50 g de levain dans le bocal, qui serviront pour la
prochaine fournée. Je mets les 150 g de levain rafraîchi dans un petit
saladier,
j'ajoute la farine et l'eau. (Pourquoi moins d'eau
que la première fois ? Parce que je veux que mon levain ait la même
consistance qu'une pâte à pain, les 50 g d'eau m'amènent à un taux
d'hydratation total de 60 %). Je mélange jusqu'à obtenir un petit
pâton, que je laisse fermenter encore 2 heures, jusqu'à ce qu'il
double de volume (peut-être même qu'il triple car il remplit tout le
saladier).
J'ai donc maintenant 300 grammes de levain qui me serviront à faire ma pâte finale.
3° étape : 14 heures, la pâte finale
300 g de levain tout point
600 g de farine T 65
360 g d'eau
15 g de gros sel gris de mer
J'ai aussi ajouté 100 g de graines mélangées : sésame, tournesol, lin, millet et courge, mais c'est facultatif
Je
pétris
tout cela au kenwood, pendant 10 minutes à la vitesse 1, et 5
minutes à la vitesse 2. Cela suffit pour que la pâte soit lisse,
élastique et ne colle plus. Il ne faut pas perdre de vue le fait que
plus on pétrit fort, plus les bulles du pain seront petites. Et moi
j'aime les grosses bulles.
4° étape : 14 heures 15, première fermentation de la pâte
Je laisse fermenter pendant 1 heure dans le récipient qui a servi au pétrissage. C'est pas compliqué, comme étape.
5° étape : 15 h 15, façonnage et boulage...
La
pâte n'a pas forcément monté beaucoup. Je la renverse sur le plan de
travail légèrement fariné, et avec mes mains farinées elles aussi, je
la replie plusieurs fois sur elle-même. Cette opération a pour but de
lui donner du "corps", c'est à dire qu'elle devient plus ferme et
élastique. De plus elle permet d'y emprisonner de l'air, ce qui donnera
des plus grosses bulles dans le pain.
Je façonne mon pain en une grosse boule. La pâte est maintenant à la fois souple et ferme, elle ne colle plus, elle résiste à la pression : on sent qu'elle est vivante. Elle est douce comme une peau de bébé.
6° étape : 15 heures 30, seconde fermentation
Je place la pâte dans un banneton (c'est une corbeille
en osier) recouvert d'une grosse toile en
lin et coton copieusement farinée. Et je laisse fermenter encore 4 à 5
heures, il faut que la pâte double de volume et parvienne en haut du
banneton. La durée des fermentations que j'indique dépend de la température ambiante.
Sur la photo de gauche : le pâton vient d'être mis dans le banneton. Photo de droite : le pâton 4 heures plus tard.
7° étape : 20 heures, la cuisson
Arrive le moment de la cuisson. J'allume le four à 250°C, je place la grille tout en bas au dessus de la lèchefrite posée directement sur la sole, et je mets la plaque de cuisson à chauffer sur la grille.
Je saupoudre mon pâton d'un mélange de farine et de semoule de blé dur puis je le renverse sur une planche (je n'ai pas encore de pelle à enfourner... mais en attendant je m'en suis bricolée une avec un carton fort recouvert d'une feuille d'alu, ça marche très bien.) Avec une lame de rasoir je l'incise profondément, il ne faut pas avoir peur, plus les incisions seront profondes, plus le pain va se développer dans le four. Il faut un instrument très coupant, un couteau ne suffit pas. J'utilise ÇA (clic), mais je ne l'ai pas acheté ici, c'est horriblement cher. On les trouve pour beaucoup moins cher en paquet de 10 ou 15 dans un magasin de fournitures pour les boulangers. Ça s'use vite, il en faut plusieurs si on fait le pain régulièrement.
Quand j'incise la croûte, j'ai l'impression jubilatoire de libérer quelque chose : la pâte se détend, me remercie, comme si je lui ôtais un corset. Je sens qu'elle ne demande qu'à s'épancher, gonfler, conquérir le monde.
J'ouvre la porte du four et je fais glisser le pain sur la plaque d'un mouvement sec de la planche à enfourner. Grâce au mélange de semoule et farine, il glisse comme sur un roulement à billes. Je verse un demi verre d'eau dans la lèchefrite, ça fait un grand pschhhhh, et je referme très vite la porte du four.
Ensuite je reste scotchée devant le spectacle fascinant de la cuisson, cette pâte qui se soulève, les incisions qui s'ouvrent et la croûte qui brunit. La cuisson dure environ 40 minutes. J'aime bien le pain bien cuit à la croûte épaisse et craquante. Durant la cuisson, une étrange odeur de vinaigre de développe : c'est dû au levain qui dégage son gaz. Mais tranquillisez-vous, le pain n'aura pas du tout cette odeur ni ce goût-là. Il aura un goût profond de céréale, avec une petite note acidulée.
Et voilà. Il est presque 21 heures. Ce pain on l'a accompagné toute la journée, on l'a mérité. On le sort du four et on le met à refroidir sur une grille. Maintenant il sent le bon pain chaud. C'est un bonheur. On le regarde refroidir et on l'écoute chanter. Parce qu'il chante en refroidissant. Il nous communique sa joie de vivre.
Vivement le petit déjeuner ! On s'en coupe une tranche ?
J'ai encore quelques progrès à faire, côté grosses bulles de la mie... ça va venir avec l'exercice.
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Commentaires
Il est très beau et là, pas besoin de frigo... car si des générations ont vécu sans, quand il fait 35° comme samedi et qu'on a fait les courses pour la semaine le vendredi on est un peu désamparé!
Superbes!
Tes pains sont magnifiques, et je me réjouis vraiment de savoir Honoré revenu à lui et en plein exercice, j'adore ça, savoir qu'un levain pétille dans un foyer et qu'on sait y déguster des tranches goûteuses à la croûte savoureuse et craquante. Et qu'on n'hésite pas à prendre son TEMPS pour se nourrir bon et bien...
Allez, au boulot, petit père plein de bulles, ton sommeil avait assez duré!
Et puis ça me fait plaisir d'avoir pu participer au renouveau de ta boulange, Marie-Claire, c'est exactement pour ce genre d'échanges que j'ai créé Makanai.
Merci [:)]
Yvette et Albert(o) se joignent à moi pour te féliciter d'avoir ressuscité Honoré. Et quel réveil ! ton pain est vraiment appétissant... Au fait, ton boulanger, tu l'as averti ? ;-)
Tes photos de pains me rappellent une série de peintures que j'avais travaillée sur le thème du pain, il y a justement environ dix ans. Je me souviens d'un matin où la fringale arrivait, je décidais d'aller à la boulangerie acheter un pain comme celui d'une de tes photos. Il sentait bon, était encore chaud mais je résolus de ne pas y toucher, de le peindre en essayant de faire passer les sensations de goût dans cette peinture. J'ai mangé le pain après et je crois que le résultat en valait la peine. Ta recette et tes photos me font souvenir de tout ça. Merci.[Merci]
Incroyable, ce levain de 5 ans ! Je n'ai pas renouvelé après mon échec cuisant de l'an passé et je crois que ces très fortes chaleurs et la sécheresse ne seraient pas favorable à la création d'un nouveau levain;.. Il y a sans doute quelque chose que je n'ai pas saisi ; c'est encore une matière bien mystérieuse à mes yeux, je suis d'autant plus admirative !
que dire, tout a été dit, superbe comme tout ce que tu fais.
il ne manque plus que le four chauffé au bois....
a+
comme toujours c'est un plaisir de te lire et de humer à travers l'écran l'odeur de ton pain !!merci pour ce cadeau!!bonne journée!!
Un petit coucou pour dire « Je suis de retour ! »
Je suis ravie de retrouver ton joli blog et ses belles recettes:)
Bonne semaine!
Bisous[:)]
Je fais aussi mon pain au levain naturel depuis quelques mois et le goût est très apprécié par tous mes hommes, en plus je trouve qu'il lève mieux....Bravo pour ton pain il est très appétissant...
Voilà comment j'aime le pain!!! j'ai perdu Hercule,un autre va renaître.Tu es mon guide. Merci. Bises
il était une fois...
Marie-Claire, tu es une narratrice hors pair.
Tes écrits embellissent ma vie.
En te lisant je redeviens une enfant.
J'imagine des petits lutins dansant autour du levain.
Merlin l'Enchanteur souffle sa chaleur.
Elle gonfle, gonfle la mie.
C'est de la magie, le pain sourit.
L'histoire se finit bien, par un joyeux festin...
Autour de ce bon pain
Superbe et apétissant... cela donne envie d'essayer... un truc m'étonne c'est la taille de ton pain, il ne parait pas gros par rapport à la quantité de farine que tu as mis... il est très compact ??
Le mien de levain, qui s'appelle Hercule (comme Poirot) est au congélateur depuis plus d'un an. J'avais bien commencé et comme toi, les aléas de la vie ont fait que... Un de ces jours j'essayerai de le réanimer, lui aussi.
Ton pain est très beau et les bulles pas si petites je trouve.
Merci pour vos encouragements, Honoré y est très sensible !
[I]Miam[/I], je profite lâchement du jour de fermeture du boulanger pour faire le pain.
[I]Saturnin[/I], j'aurais aimé le voir, ce tableau.
[I]Bénédicte[/I], ce jour-là, il y avait 2 pains !
[I]Fnand[/I], le four à pain, un vieux rêve...
tes explications sont parfaites et pour la première fois j'ai envie de me jeter dans ma cuisine pour faire ce levain. Pas de seigle à l'horizon, je suppose que c'est en magasin bio que je vais trouver cela. Je dois y aller cet après midi, ça tombe bien ,n'est ce pas ?
magnifique ! Tu me donnes juste envie de réactiver un levain, de me remettre au pain.
(Tes chabi-chou essayés hier soir ont eu beaucoup de succès, j'ai offert ton livre à mon Adèle, et je l'ai étrenné avec cette recette)
Bonjour Marie-claire,
moi, la fille de boulanger, je suis bluffée de te voir faire renaître ton levain après 5 ans d'endormissement et pour nous offrir un si beau pain, doré, crouté, craquant, tout quoi ! eh bien j'espère qu'il était délicieux à déguster, moi j'adore le pain tout seul ou avec un peu de beurre salé !!!
en parlant de sel, j'en viens à t'inviter sur mon blog pour une petite création de bord de mer , mais pourquoi pas dans la farine si ça te dis ???
à très bientôt j'espère
christyn
Magnifque sourire,
et j'ai des magnifiques dents pour dévorer au moins la moitiè d'un seul coup un si beau pain comme ça.
Just venu pour faire un coucou et je repart mais je reviens
pour admirer tes oeuvres en ce moment.
Bon été!
Mon Dieu ce pain a l'air bon.. Demain je court à la recherche des ingrédients, je vais essayer de préparer ma "mère"!
bravo
quelle très belle leçon ...
Un grand bravo...et que du courage...!!
Mais comme tout ..il se mérite..!!
Et quand on goûteà ce pain..il est très difficle de faire ^machine arrière..!!!
bravo
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